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Art du jour · 2 septembre 2026

Boulevard Montmartre, effet de nuit

Paris avait trois sortes de lumière différentes sur cette rue mouillée.

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Un boulevard parisien mouillé par la pluie, éclairé la nuit par des lampes électriques, des becs de gaz et des fiacres
Artiste
Camille Pissarro
Date
1897
Technique
Huile sur toile
Collection
National Gallery, Londres

Trois types de lumière sur une même rue

Les marques les plus lumineuses qui courent au centre du boulevard sont des lampes à arc électrique, encore une nouveauté en 1897. Pissarro entoure de bleu leurs globes blancs et froids. Les vitrines voisines rayonnent d’une lumière au gaz plus chaude, tandis que les fiacres à l’arrêt portent des lampes à huile bien plus petites. Trois technologies d’éclairage se côtoient sur cette même rue humide.

La pluie n’y est pas pour rien. Les reflets étirent chaque lampe jusque sur le pavé, transformant les points de lumière en bandes de bleu, d’or et d’orange. À droite, le Théâtre des Variétés resplendit avec une intensité particulière. Ce qui aurait pu n’être qu’une soirée grise devient une étude sur la manière dont une ville moderne fabrique sa propre couleur, une fois la nuit tombée.

Quatorze tableaux depuis une seule fenêtre

Pissarro loue une chambre au Grand Hôtel de Russie, rue Drouot, et peint le boulevard Montmartre sous la neige, la pluie, le brouillard, la brume et le soleil, du matin jusqu’au soir. La série contient quatorze vues, toutes réalisées en 1897. C’était la seule vue nocturne du groupe et, selon la National Gallery, la seule peinture nocturne qu’il ait jamais réalisée.

Ce point de vue répété n’était pas une répétition gratuite. Le temps, la circulation et la lumière reconstruisaient sans cesse la scène. Une fenêtre d’hôtel fixe permettait à Pissarro de comparer ces variations sans que la rue elle-même ne change.

Une ville composée de petites touches

Vu à distance, le boulevard paraît dense et profond. De près, piétons, voitures et reflets se décomposent en petites touches et traits rapides. Les fortes diagonales des toits et des trottoirs maintiennent l’ensemble de cette surface agitée, convergeant près du centre, là où la rue recule vers la porte Saint-Denis.

Pissarro avait alors près de soixante-dix ans et souffrait d’un trouble oculaire de plus en plus gênant, qui rendait la peinture en extérieur difficile. Ce point de vue surélevé, depuis l’intérieur, devint un atout : il lui offrait toute l’étendue du boulevard et transformait la foule en mouvement en un motif qu’aucun passant, au niveau de la rue, n’aurait pu percevoir.

Sources et lectures complémentaires