Mahjong TideArchives de l’Art du jour

Art du jour · 3 octobre 2026

Jour d’été

Le bateau est stable, mais presque rien d’autre ne tient immobile.

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Deux femmes élégamment vêtues sont assises dans une barque sur un lac aux reflets fragmentés
Artiste
Berthe Morisot
Date
1879
Technique
Huile sur toile
Collection
Galerie nationale, Londres

Deux femmes, deux directions

La femme de gauche regarde vers nous, tandis que sa compagne tourne les yeux vers le lac. Leurs chapeaux et leurs robes élégantes évoquent une sortie mondaine, mais Morisot ne met en scène aucun échange évident entre elles. Leur proximité dans la barque et la divergence de leurs regards installent au centre une tension silencieuse.

Un lac peint par fragments

Les touches bleues, vertes, blanches et brunes refusent de former un miroir lisse. Les reflets fragmentent les bateaux et les arbres, tandis que les canards ponctuent l'eau de taches sombres près de la coque. Morisot laisse certains contours ouverts, permettant aux vêtements des femmes et à la surface mouvante de se rejoindre sans séparation nette.

Les loisirs modernes, observés de près

Le Bois de Boulogne offrait au Paris élégant des promenades à pied ou en barque. L'accès des femmes à l'espace public demeurait néanmoins soumis aux conventions et au regard de la société. Figure majeure de l'impressionnisme, Morisot ne réduit cette sortie ni à un spectacle ni à une anecdote. Elle accorde la même importance aux vêtements, aux postures, au temps qu'il fait et à l'instabilité du regard porté sur l'eau.

Le lac est un espace social, pas un décor

Les femmes sont assises près de l'eau, mais aucune ne se tourne vers le paysage comme le ferait un spectateur traditionnel. L'une nous fait face tandis que l'autre regarde de côté, donnant plus d'importance à leur relation qu'à la vue. Une balustrade tranche en diagonale entre elles et le lac, où les bateaux ne sont plus que des touches libres. Morisot transforme une sortie publique en un moment privé et ambigu.

La touche change d'un endroit à l'autre de la toile. Visages et vêtements sont assez structurés pour rendre les postures lisibles, tandis que feuillage, eau et reflets se défont en touches de vert, de bleu et de blanc. Cette énergie apparemment inachevée est délibérée : elle ne signale pas un tableau abandonné. Elle laisse l'atmosphère gagner les figures. Leurs vêtements à la mode les inscrivent dans la vie moderne, mais le pinceau refuse de figer ce monde.

Sources et lectures complémentaires